Faux papyrus et vrais objets scientifiques : les papyrus de la Bnu passés aux rayons X

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Des faux papyrus, des experts internationaux et une technologie de pointe : la Bnu a accueilli l’historien Malcolm Choat et son équipe pour une analyse inédite par spectrométrie XRF. L’objectif ? Décrypter la composition chimique des encres et croiser ces données avec l’expertise des papyrologues strasbourgeois pour percer les mystères de ces documents « non authentiques ».
Entre physique, chimie et sciences humaines, cette collaboration éclaire non seulement l’histoire des collections de la Bnu, mais aussi les techniques des faussaires, dont certains ateliers ont marqué leur époque. Une plongée au cœur d’un patrimoine où chaque détail compte… et où les secrets sont encore nombreux. Une aventure scientifique à suivre !

Photo du spectromètre XRF portatif permettant une analyse grâce aux rayons X

spectrométrie par fluorescence aux rayons X comme élément d’analyse sur une sélection de papyrus signalés comme faux

La Bnu a eu le plaisir et l’honneur d’accueillir dans ses locaux la semaine passée l’historien et papyrologue australien Malcolm Choat, de l’Université Macquarie de Sydney, accompagné de ses collaborateurs M. Damian Gore et Mme Rachel Yuen-Collingridge. Leur visite avait pour objet l’emploi de la spectrométrie par fluorescence aux rayons X comme élément d’analyse sur une sélection de papyrus signalés comme faux (avérés et potentiels) dans l’inventaire et la littérature spécialisée. Cette analyse a été réalisée au sein de l’atelier de restauration de la bibliothèque, afin de garantir une manipulation de ces documents précieux dans les meilleures conditions de sécurité.

faux avérés, faux supposés et non authentiques

Afin d’identifier les pièces les plus intéressantes pour ses travaux, M. Choat s’est appuyé sur l’expertise de ses homologues strasbourgeois M. Paul Heilporn, Directeur de l’Institut de papyrologie et Mme Esther Garel, Maître de conférences en Papyrologie, langue et archéologie coptes et l’aide de Mme Gisela Bélot, conservatrice responsable de la collection égyptologique de la Bnu.
Une sélection de 10 papyrus a ainsi été sélectionnée sur les quelques “faux” de la collection, parmi lesquels se trouvaient des faux déjà avérés, ainsi que des faux supposés. L’analyse de M. Choat et de son équipe permettra de connaître la composition chimique des encres utilisées (en termes d’éléments, pas de matériaux) et d’émettre des hypothèses en recoupant ces données avec ce que l’on sait par ailleurs de ces papyrus.
Au sein de la vaste collection de la bibliothèque, figurent un certain nombre de faux, dont certains ont acquis une relative notoriété dans les milieux scientifiques. La plupart de ces “faux papyrus” datent de la fin du 19e et du début du 20e siècle, ils seraient donc contemporains de la période d’achat de la collection. Ces faux peuvent prendre de nombreuses formes (faux texte sur du papyrus ancien, copie de vrai texte ancien sur du papyrus “récent”, etc), aussi, serait-il peut être préférable de parler de documents “non authentiques”, tant la palette de types de falsifications possibles est large.

Une analyse physico-chimique et l’expertise des sciences humaines

L’analyse chimique des papyrus a été réalisée par M. Gore à l’aide d’un spectromètre XRF portatif permettant une analyse grâce aux rayons X. L’avantage de cet instrument est qu’il effectue une exploration non destructive des pièces, même si sa petite taille le rend un peu moins précis que d’autres appareils plus volumineux et intransportables. Les données relatives à la concentration de chaque élément sont enregistrées dans la base de données constituée par l’équipe qui compte déjà plus de 300 papyrus.
Si la physique et la chimie des matériaux permettent de recueillir des données précises, ces données seules ne suffisent pas à confirmer la présence d’un faux. Il est en effet complexe de dater une encre, si les matériaux et techniques utilisées sont identiques à celles en usage pendant l’Antiquité. Pour cela, l’expertise des sciences humaines est indispensable pour confronter ces éléments aux données contextuelles et textuelles qui, par leurs contradictions éventuelles, vont orienter les conclusions de l’analyse. Parmi les faux avérés observés ce jour-là, plusieurs semblent émaner du même atelier d’un faussaire bien connu des spécialistes.

éclairer l’histoire des provenances

Ce type de recherche est essentiel pour éclairer l’histoire des provenances des collections archéologiques de la Bnu, créées à l’époque de l’émergence d’une science naissante où il était encore possible de mystifier les archéologues et autres orientalistes. Au fil des décennies, à mesure que les chercheurs gagnaient en expertise et que les supercheries grossières étaient facilement détectées, la confection des faux s’est elle aussi faite de plus en plus experte, jusqu’à extinction du marché officiel avec l’interdiction de vente des papyrus égyptiens à partir de 1983.
Grâce à la combinaison de différentes compétences scientifiques et d’autant de faisceaux d’indices différents, de nouvelles hypothèses vont pouvoir être formulées. Il reste donc encore bien des travaux à mener sur cette collection de papyrus qui est loin d’avoir révélé tous ses secrets !

Pour accéder à l’article complet : lire l’article complet d’Elise Girold et Marie-Hélène Boini directement depuis le carnet de recherche de la Bnu

Le carnet de recherche de la Bnu

Le carnet de recherche de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg rend compte de l’activité scientifique de la bibliothèque, des programmes de recherche qui s’y développent ou de ses actions d’appui à la recherche, en lien parfois avec ses activités culturelles, ainsi que de l’activité scientifique de ses services et agents. Plus généralement, il témoigne de tout travail de valorisation scientifique effectué sur et autour de ses collections.
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