Appel à contributions pour La Revue de la BNU n° 36 : Bibliothèques, archives, musées en temps de guerre

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La Revue de la BNU a été créée en 2010 et paraît deux fois par an, en langue française, au printemps et à l’automne. Sa direction scientifique revient à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (Bnu), laquelle a institué pour ce faire un comité scientifique, composé de personnalités du monde de l’université et de la culture. 

Le retour de la guerre de haute intensité sur le sol européen, et plus largement la multiplication des conflits armés à travers le monde, repose avec acuité la question du rôle et de la protection des institutions culturelles et patrimoniales en temps de guerre. Bibliothèques, archives, musées : ces lieux de mémoire, de culture et de transmission se trouvent exposés, menacés, parfois détruits.

Ces institutions ne sont pas seulement des victimes collatérales des conflits. Elles en constituent, dans certains cas, des cibles délibérées : la destruction des bibliothèques de Sarajevo pendant le siège de 1992-1996 (déjà évoquée dans La Revue de la BNU n° 5), le pillage du musée de Bagdad en 2003, les démolitions planifiées du patrimoine de Mossoul ou de Palmyre entre 2014 et 2017, ou encore les bombardements d’archives et de collections en Ukraine depuis 2022 ou à Gaza depuis 2023 témoignent de la dimension symbolique et politique des atteintes au patrimoine.

Face à ces menaces, les réponses institutionnelles sont loin d’être uniformes, toutes les institutions ne disposant pas des mêmes ressources ni des mêmes marges d’action. Des dispositifs de protection préventive aux plans d’urgence, des coopérations internationales à l’engagement collectif et au courage des professionnels sur le terrain, la question de la sauvegarde du patrimoine en temps de guerre mobilise aujourd’hui un ensemble d’acteurs – professionnels du patrimoine, juristes, diplomates, chercheurs, militaires, etc. – dont les pratiques et les réflexions méritent d’être analysées et rassemblées.

Des initiatives récentes témoignent de la vitalité et de l’inventivité de cet engagement : maintien de l’accès au livre en zone de conflit, déploiement de bibliothèques mobiles dans des régions dévastées, soutien aux revues scientifiques en accès ouvert menacées par les conflits, etc. Ces actions, qui s’inventent au plus près des crises, interrogent le rôle des bibliothèques, des archives et des musées comme instruments de diplomatie culturelle et scientifique – la collecte des documents traitant de ou suscités par le conflit restant une des tâches essentielles de ce qu’il est convenu désormais de qualifier de « devoir de mémoire », par la volonté de documenter les guerres en cours.

Ces engagements soulèvent aussi des questions fondamentales pour les professionnels qui exercent dans ces institutions en temps de guerre. Comment, face au désordre que la guerre introduit dans ces dernières, bouleversant l’accès aux savoirs et aux collections, parvenir à rétablir ou maintenir de l’ordre – documentaire, classificatoire, mémoriel ? Comment résister à la censure et à la propagande qui s’immiscent jusque dans l’organisation des fonds, la sélection des acquisitions, la mise à disposition des documents ? Ces tensions constitueront l’un des fils directeurs de ce numéro.

La Revue de la BNU entend ainsi contribuer à cet effort de réflexion collective, autour d’un enjeu contemporain que les conflits actuels remettent au premier plan, en articulant des perspectives croisées – historiques, archivistiques, muséales, bibliothéconomiques et géopolitiques. Il privilégiera une approche centrée sur les XXe et XXIe siècles, sans s’interdire des éclairages sur le temps long des conflits modernes.

Les auteurs de propositions devront garder à l’esprit le numéro de La Revue de la BNU paru en 2020 et intitulé « Sauver, conserver, reconstituer » (https://journals.openedition.org/rbnu/5339). Quoique la thématique fût alors plus générale, ne se limitant pas aux conflits armés, ils seront attentifs à se démarquer, ou à bien actualiser les thèmes traités alors.

Axes thématiques

Les contributions pourront s’inscrire dans l’un ou plusieurs des axes suivants, sans que cette liste soit exhaustive.

  • Documenter et classer la guerre. Comment les institutions patrimoniales collectent-elles, organisent-elles et transmettent-elles les traces des conflits ? Quelles logiques président à la constitution de fonds de guerre, à la classification des archives de conflits, à la mémoire des destructions ?
  • Sauvegarder, évacuer, reconstruire. Politiques de protection des collections en temps de conflit, opérations d’évacuation et de mise en sécurité des patrimoines, enjeux de la reconstruction post-conflit : de quelle manière les professionnels et les institutions ont-ils répondu – ou répondent-ils aujourd’hui – à l’urgence de la guerre ?
  • Destructions, spoliations, propagande. Censures, pillages, destructions délibérées de patrimoines, instrumentalisation des collections à des fins idéologiques ou politiques : comment penser ces violences faites aux savoirs et aux biens culturels ? Une attention particulière pourra être portée à leur qualification juridique – notamment la notion de crime de guerre contre le patrimoine culturel.
  • Résistance, refuge, espace démocratique. En temps de guerre, bibliothèques, archives et musées peuvent devenir des lieux de résistance, d’accueil et de maintien d’un espace public. Quelles formes prend cet engagement institutionnel ? Quelle est sa portée symbolique, politique, diplomatique ?
  • Les professionnels face à la guerre : enjeux éthiques et déontologiques. Quels effets les conflits produisent-ils sur les pratiques et les missions de ceux qui œuvrent au sein de ces institutions ? Un axe peut porter sur les questions déontologiques qu’ils posent aux professionnels : jusqu’où résister, comment agir, au nom de quels principes ?
  • Diplomatie culturelle et scientifique. Quel rôle jouent les institutions culturelles et patrimoniales dans la diplomatie de guerre et d’après-guerre ? Ce volet invite notamment à interroger la notion de diplomatie culturelle et scientifique : dans quelle mesure ces institutions, par leurs coopérations, leurs réseaux et leurs échanges, contribuent-elles à maintenir ou reconstruire des liens entre États en conflit ou en sortie de conflit ?