#MalrauxEtLeCinéma – Le discours du commissaire Benoît Wirrmann

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Vendredi 6 mars 2026, la Bibliothèque nationale universitaire (Bnu) de Strasbourg a inauguré l’exposition « André Malraux, la tentation du cinéma » à l’occasion de son vernissage. En présence de Céline et Alain Malraux, cet événement a permis à la famille de partager son émotion face à la mise en lumière de cet héritage culturel. Leurs mots, empreints de sincérité, ont résonné auprès du public, soulignant l’importance de préserver et transmettre cette mémoire collective. Retrouvez un peu de ce moment à travers le discours de Benoît Wirrmann et une sélection de photos.
 

Photo du vernissage de l'exposition André Malraux avec Benoit Wirrmann et François de Saint Chéron

protocole

Conformément au protocole, S.E. Pap Ndiaye, ancien ministre et président du Conseil d’administration de la Bnu, a ouvert la soirée. Nicolas Tocquer, Directeur de la Bnu, a ensuite pris la parole pour dresser des ponts entre le passé et l’avenir de l’institution. Puis, la famille d’André Malraux a partagé quelques mots. Enfin, les commissaires de l’exposition, François de Saint Chéron et Benoît Wirrmann, ont clôturé la cérémonie avant d’inviter les invités à découvrir l’exposition.
 

Le discours de Benoît Wirrmann

Retrouvez ci-dessous le discours intégral de Benoît Wirrmann, commissaire de l’exposition, ainsi qu’une sélection de photos capturant l’ambiance de cette soirée inoubliable.

Mesdames, Messieurs, chers amis,
Malraux est né en même temps que le cinéma. Il en a connu les balbutiements, les premières métamorphoses. Il a vu Méliès sauter à pieds joints à travers le miroir tendu par Edison et les frères Lumière, pour reprendre les mots d’Edgar Morin. De Chaplin à Eisenstein, en passant par les farces de Max Linder et les innovations des expressionnistes allemands, il l’a vu évoluer jusqu’à le considérer comme le premier art mondial. Mais il est certain que l’auteur de La Voie Royale a aussi connu plus d’une déconvenue en matière de cinéma. Du côté de ses écrit romanesques, peu d’adaptations ont été menées jusqu’à leur terme. Et quand bien même, lorsque Malraux a pris place derrière la caméra, son film a été censuré et plus tard amputé.
A quoi bon, dès lors, vouloir revoir la vie et l’œuvre de Malraux à travers le cinéma, ce 7e art qui ne l’a pas toujours ménagé ? Sans doute parce qu’il a été un compagnon fidèle tout au long de son existence. A Bondy, durant son enfance. A Berlin, lorsque jeune marié, il se cherchait encore. A Moscou, à l’époque de La Condition humaine. A Barcelone, au temps de la guerre civile. A Paris enfin, rue de Valois, au ministère des Affaires culturelles. Peut-être aussi parce que Godard, jeune critique des Cahiers du cinéma, a rencontré l’œuvre de l’écrivain et en a été profondément marqué. Oui, Malraux fut important, disait-il.
Mais pour arriver jusque devant vous ce soir, Dieu que la route fut longue. Nous étions bien seuls, François de Saint-Cheron et moi, place de la Sorbonne, il y a 5 ans de cela, lorsque nous évoquions ce projet d’exposition. Comme d’autres écrivains majeurs de son temps, il nous semblait que, peut-être, Malraux n’échappait pas à une sorte de purgatoire. L’épopée malraucienne paraissait sans doute lointaine au plus grand nombre. Ces derniers mois, une fois l’année Malraux lancée, nous avons constaté que nous nous étions heureusement trompés et que les projets se multipliaient en France et à l’étranger.
Alors oui, l’œuvre de l’ami génial du général de Gaulle reste encore, à bien des égards, à découvrir. Avant tout parce qu’elle est foisonnante, avec ces romans et ces essais qui se répondent, formant un tout cohérant sur plus de
50 ans. On peut en mesurer l’ampleur à travers les milliers de pages de l’édition en pléiade dans lesquelles nous avons navigué, François et moi, pendant la préparation de cette exposition.
Certes, Malraux n’est pas l’auteur français le plus facile d’accès. Avec André Gide, nous pourrions dire qu’il nous parle parfois avec cette volubilité extraordinaire qui nous le rend souvent si difficile à suivre. Sa lecture est exigeante, son style parfois elliptique. Les scènes et les idées couchées sur le papier prennent cependant appui sur une imagination, une culture et une mémoire à nulle autre pareilles qui force autant l’admiration que, parfois, il est vrai, un découragement momentané.
L’exposition que vous allez découvrir a donc pour ambition d’aborder 75 ans d’une vie et d’une œuvre en faisant appel au cinéma, image par image pourrait-on dire. Nous avons essayé de montrer la place occupée par le cinéma dans l’œuvre de Malraux, mais aussi de découvrir la place singulière que l’écrivain occupe dans le 7e art. Certes Malraux n’est l’auteur que d’un seul film, certes bien d’autres auteurs ont pris place derrière la caméra, mais ce n’était pas en pleine guerre d’Espagne. Sans son engagement aux côtés des républicains espagnols, il n’y aurait pas eu son roman L’Espoir ni son film, Sierra de Teruel. Malraux a été et sera toujours un peu à part.
Après les romans, chez l’essayiste de l’après-guerre, c’est encore de cinéma qu’il s’agit, dans des réflexions disséminées dans ses nombreux ouvrages sur l’art. Malraux, en poursuivant cette longue tradition des écrivains passionnés d’art, de Diderot à Valéry en passant par Baudelaire, met en scène des siècles de création, en usant du gros plan et de l’art du découpage dans son musée imaginaire.
Et puis, il faut bien dire ici un mot du ministre, des décrets sur le cinéma, des maisons de la culture où il avait une place de choix. Parler du soutien fort à la Cinémathèque française jusqu’à l’épisode calamiteux du renvoi d’Henri Langlois en février 1968. C’est tout cela qu’on découvrira dans la salle d’exposition qui nous entoure.
Pour terminer, nous voudrions, François et moi, remercier un certain nombre de personnes, à commencer par les agents de la Bnu : ceux du service Culture et médiation que j’ai eu le privilège de diriger pendant 4 ans. Je pense aussi à ceux de l’atelier de restauration, de l’atelier photo, de la communication sans qui rien ne serait possible. A ceux du service technique, des magasins, du secrétariat et des affaires financières, pour leur contribution au long cours.
Nous souhaitons également remercier l’ensemble des prêteurs, en particulier la Cinémathèque française pour les nombreux originaux présentés ici. La Bibliothèque littéraire Jacques Doucet et Antoine Gallimard pour les manuscrits de Malraux. Le musée Pierre-Noël de Saint-Dié-des-Vosges pour le prêt inestimable du Charlot cubiste de Fernand Léger.
Cette exposition fait aussi l’objet d’un catalogue et nous voudrions remercier Philippe Le Guillou, Cristina Solé-Castells et Charles-Louis Foulon pour leurs contributions. L’atelier contemporain, qui co-édite l’ouvrage, et son directeur, François-Marie Deyrolle, ainsi que le graphiste, Stéphane Hamann avec qui nous avons travaillé en parfaite harmonie ces derniers mois.
Et nous voudrions enfin vous remercier, chers Alain et Céline Malraux de votre présence à nos côtés ce soir. Elle nous touche profondément et nous montre que cette exposition a une place importante dans les commémorations de 2026.
Alors vive la culture, vive la Bnu, et vive Malraux.
Je vous remercie.

Et en images

Photos @ Ombeline Faure, photographe Bnu 

Photo de Pap Ndiaye lors du vernissage de l'exposition André Malraux Photo de Pap Ndiaye lors du vernissage de l'exposition André Malraux
©Ombeline Faure
Photo de Nicolas Tocquer lors du vernissage de l'exposition André Malraux Photo de Nicolas Tocquer lors du vernissage de l'exposition André Malraux
©Ombeline Faure
Photo de Céline Malraux lors du vernissage de l'exposition André Malraux Photo de Céline Malraux lors du vernissage de l'exposition André Malraux
©Ombeline Faure
Photo de Alain Malraux lors du vernissage de l'exposition André Malraux Photo de Alain Malraux lors du vernissage de l'exposition André Malraux
©Ombeline Faure
Photo de Benoit Wirrmann et Francois de Saint Chéron lors du vernissage de l'exposition André Malraux Photo de Benoit Wirrmann et Francois de Saint Chéron lors du vernissage de l'exposition André Malraux
©Ombeline Faure